Douze heures et onze minutes. Dans des draps froissés, blanchâtres, une jeune fille aux allures décalés se réveilla, péniblement . Le mal de crâne faisant déjà surface, elle se leva grognant à tout va. Enfilant rapidement un tissu pour recouvrir le nécessaire, elle découvra le corps étendu d'un jeune homme . Une touffe blonde, ebourrifés, cachée son visage enfouie dans un coussin. Les courbes joliment définies vers le bas de son dos, dans le creux de ses reins. Son voisin . Honte, gêne. Les joues rosies, elle regardait chaque parcelle de son corps, chaque ondulation de son corps, les omoplates bien voyants. Avec peine, elle essaya de se remémorrer la soirée qui a fini en partie de jambe en l'air . Elle se souvient alors qu'aux alentours des vingt trois heures, il était venu frapper à sa porte, puis s'était installé négligement dans le canapé pour regarder des chaînes à la télévision. Une bière dans le creux de sa main. Et ils ont du finir au lit, par quels mots elle n'en sait rien. Par quelle chose elle savait. Elle frottait son petit nez , se rappelant alors avoir tracé plusieurs traces, avant de les sniffer . Cette poudre qui lui bouffe la chair, les yeux, le sang. Ils étaient raides, défoncés, amochés. Au point de jeter tous leurs vêtements au sol .
Anna avança dans le couloir sombre de son appartement. Arrivée à la cuisine, elle se prépara un café, allumant une clope . La boisson brûlante terminée, elle se faufila sous la douche, pour enlever cette espèce de crasse quand on ressent après avoir fait une connerie. Enfilant des habits simples, elle tirait sur les cernes qui se dessinaient sous ses yeux .
Quelle merde , grogna t-elle. Elle entra, sans faire de bruit, dans sa chambre, ouvrant les volets puis quitta l'appartement, une clope à nouveau au bec.
Elle habite au troisième étage d'un immeuble vieilli par le temps, dans un quartier pas forcément accueillant. Ses parents, ne supportant plus son insolence et sa présence, avaient fini par la faire partir . Avec aucun goût amer dans le fond de la gorge . Sa vulnérabilité et son caractère avaient fini par les effrayer. La dépendance à la Ca avaient aussi fini par émettre une distance inimaginable entre eux . Ils étaient à bout .
Elle est arrivée devant son lycée, quelques mèches de sa frange cachait ses yeux lorsque le vent faisait surface. Elle repense à toutes les rumeurs et les on-dit balancaient à son compte, elle en sourit presque . Aujourd'hui, c'est les résultats du bac . Sans grande conviction, elle est tout de même venue, insignifiante . Elle cherche alors son nom à travers cette immense liste . Mauvais résultats, c'était évident . Aucun sentiment ne la prend . Elles regardent les gens autour d'elle, riant, hurlant, pleurant . Certains vont pleuraient leur misère un moment tandis que d'autres font offrir une tournée de bière au bar du coin.
« ANNA ! »
C'était d'une voix suave et forte. Elle se retourna, et vit son ange. Son meilleur ami, la personne pour qu'il elle tuerait pères et mères . Depuis leur tendre jeunesse, ils ne font que se voir, se cotoyer, s'abîmer puis s'adorer. Léo, son meilleur ami, est le genre de mec qui pense aux autres avant lui, ce qui parfois peut devenir énervant. Homosexuel et fier, il affiche toujours un grand sourire . Les cheveux bruns, en pagaille lui donnent l'air d'un mec dépravé. Il est mince, tout comme elle ; et sa dépendance à la C est récriproque à celle d'Anna. Il a en revanche de bons résultats. Lui passant une clope et sans parler des résultats, ils se dirigent vers l'immeuble.
« Que dirais-tu si je te disais que je pense encore énormément à Mark ? »
«Tu penses encore à ce type, ce baisé ? C'est un raté Léo, un raté. »
Inévitablement, il sourit à la remarque d'Anna . En y pensant bien, elle a amplement raison. Aimer ce mec est un acte absurde, c'est stupide . Et puis il lui a fait du mal tellement de fois . Tellement . Anna & Léo vivent ensemble, dans cet immeuble, dans cet appartement. Inséparables, ils ne peuvent se passer l'un de l'autre . Le corps à coeur, le coeur au corps.
Ils habitent en Allemagne, pays grisatre et sinistre selon Anna . Elle aimerait découvrir la France, ou l'Espagne pour sa chaleur. Arrivés à l'appartement, Anna accélèra le pas vers sa chambre, croisant les doigts pour que son voisin soit sorti. Il n'était plus là , ce qui rassura largement la jeune fille . Léo, assit dans le canapé, alluma une clope .
«Tu vas en parler a Andréas de votre vadrouille au lit ? »
«J`irais lui en parler, oui . Je n'ai rien à me reprocher de toute manière, n'est-ce pas ? »
Il soupira gaiement, puis il plongea les yeux dans ceux d'Anna . Un désir identique fit apparition dans le fond de leurs yeux . Léo se leva , fouilla dans le tirroir pour en ressortir le nécessaire. Les traces s'alignèrent, les yeux pétaillants , ils en mourraient d'envie au point que leurs muscles tremblaient . En tout juste dix minutes, tout avait disparu , avait été liquidé, envolé . Ils se fixèrent, un moment avant que les effets fassent surface. Un sourire béat s'afficha sur les deux visages pâles, sentant la dérive les chatouiller.